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Courrier adressé le 7 mai 2008 à Monsieur Joël BOURDIN, sénateur, auteur d'un rapport sur les Haras Nationaux, et copie à Monsieur Jean ARTHUYS, Président de la commission des finances au Sénat, très implqué dans l'avenir de notre filière. Ce rapport fut suivi d'une audition dont vous pouvez prendre connaissance sur le site du sénat, à laquelle se sont exprimé les responsables des Haras Nationaux et des services du ministère de l'agriculture. Ce courrier a pour objectif de placer le projet du SBFCSE au coeur du débat politique national, concernant le dossier sensible de l'étalonnage des chevaux et poneys de sport. Il m'apparait important de montrer que des éleveurs, en marge des débats, savent retrousser leurs manches, réfléchir et proposer des actions concrètes pour prendre en charge la valorisation de leur production.
Yvré l’Evêque, le 7 mai 2008 Monsieur Joël BOURDIN Sénateur Monsieur le sénateur, Suite à la lecture du compte rendu de l’audition de suivi sur la mise en œuvre des préconisations de votre rapport sur l’établissement public « les Haras Nationaux », je vous fais part des remarques et propositions suivantes, concernant à la fois le point sensible de l’étalonnage dans le segment du cheval de sport, et l’organisation générale de la filière, tous chevaux confondus. Ma première réflexion, d’ordre général, suite à la lecture de cette audition, porte sur les interrogations posées lors de la discussion afin d’établir la légitimité des missions des Haras Nationaux dans certains secteurs. Les différents intervenants argumentent sur l’opportunité de maintenir ou non les Haras Nationaux en définissant leurs fonctions propres. La discussion tourne autour de l’édifice des Haras Nationaux, avec on l’imagine, la crainte de perspectives radicales, si l’on ne parvient pas à justifier de son utilité. Je pense au contraire, que la discussion pourrait porter en priorité sur les préoccupations professionnelles des acteurs de la filière. Et après les avoir bien établies, se servir des Haras Nationaux, puisque l’outil existe, pour redéfinir leurs missions. Il ne faut donc pas, à mon sens, maintenir à tout prix les Haras Nationaux. Ils existent. Utilisons les. Les chantiers de la filière sont suffisamment importants pour que nous utilisions les outils dont nous disposons. Et s’il ne peut être question des Haras Nationaux sans évoquer les préoccupations des acteurs des la filière, (étalonniers, éleveurs…) ceux-ci ne peuvent également être pris en considération sans évoquer les besoins des utilisateurs de cette production, c'est-à-dire tous les équitants, la fédération, le sport et le loisir. Ma seconde réflexion illustre la précédente, dans le domaine plus spécifique de la filière du cheval de sport. La justification du rôle des Haras Nationaux dans l’étalonnage de sport pour assurer le testage de la jeune génétique n’est pas un argument recevable. C’est une solution commerciale qui génère des recettes au Haras Nationaux, au détriment du bon fonctionnement des exploitations agricoles privées qui assurent déjà ce testage si on leur en laisse les prérogatives. L’histoire a modifié le panorama du marché de l’étalonnage suite aux échanges intracommunautaires des génétiques européennes. Aucune anticipation politique n’a vu le jour depuis dix ans, tant au niveau des Haras Nationaux que des associations de race. Pourquoi attendre un évènement « traumatique » (comme la suppression des Haras Nationaux ou la disparition du Selle Français) pour changer de régime ? Voilà un chantier indiscutablement ouvert aux Haras Nationaux qui non seulement justifierait dans ce domaine leur pérennité, mais leur offrirait l’opportunité de devenir leader sur la place internationale et de surcroît d’y propulser le secteur privé. Nous passerions alors, enfin, d’un système de concurrence, à un système de vrai partenariat, où l’argent public, à travers les bras des Haras Nationaux, porterait les professionnels sur le marché Européen. Le nouveau stud-book SBFCSE (Stud Book Français du Cheval de Sport Européen), qui tente de voir le jour en France, et dont je représente les adhérents, a d’ores et déjà proposé cette dynamique au Ministère de l’Agriculture et aux Haras Nationaux. La réaction est plus ou moins positive : les services du ministère de l’agriculture ne démentent pas les intérêts de ce projet pour les éleveurs, mais sa réalisation semble surprendre les schémas bien établis de notre filière, et les soutiens politiques et techniques que l’on nous promet sont quelque peu timorés. Nous avons déjà 10 ans de retard sur l’histoire, il serait pertinent que ce projet se réalise activement, et puisse rentrer dans le contrat d’objectifs 2009-2013. Propositions : 1° L’étalonnage de sport pourrait intégralement être confié au secteur privé, sous contrôle des associations de race, parcequ’il est devenu un facteur économique vital des exploitations agricoles équines. 2° La récente signature de conventions entre les Haras Nationaux et les associations de race étrangères, pour leur implantation en France peut être une bonne chose, à l’unique et incontournable condition que les éleveurs français aient le droit de leur faire concurrence sur leur propre territoire ! Aujourd’hui, ce n’est pas le cas. 3° Une nouvelle politique de l’étalonnage (proposée par le SBFCSE) permet de responsabiliser, valoriser et récompenser chaque exploitant des efforts et investissements fournis pour produire la meilleure qualité possible. Car c’est bien l’exploitant lui-même qui peut prétendre connaître le meilleur croisement pour son cheptel reproducteur. Si l’on reconnaît la valeur du travail de l’éleveur, il reprend confiance, adhère de nouveau au système qui va régénérer de l’argent. 4° Le SBFCSE propose le projet que les éleveurs attendent depuis 10 ans, parcequ’une nouvelle race de chevaux de sport s’est constituée malgré le monopole du Selle Français, et ses effectifs sont enregistrés dans des registres discriminatoires, ou illégalement à l’étranger. C’est la structuration et l’officialisation de cette nouvelle race à laquelle travaillent les adhérents du SBFCSE dans l’attente de l’agrément ministériel auquel ils ont droit, et d’un soutien plus concret des Pouvoirs Publics. Conclusion : C’est dans ce contexte que les missions des Haras Nationaux pourraient reprendre un sens, pour ce qui concerne l’étalonnage de sport : aider la filière sport à s’adapter puis à anticiper sur l’évolution de l’économie et de l’environnement de l’étalonnage du cheval et du poney en France et en Europe. En assurant le développement de ce stud-book, les Haras Nationaux ouvriraient une nouvelle voie sur le marché Européen en y propulsant les acteurs privés professionnels et en préservant l’authenticité et la spécificité des races françaises stabilisées (Selle Français, Anglo-Arabe…) qui représentent des richesses génétiques françaises, utiles et convoitées. La création de ce stud-book n’est donc pas la manifestation d’un effet de mode sur la génétique d’Europe du Nord, mais bien au contraire, l’identification historique d’une race de croisement déjà existante. Créer un cheval ou un poney de sport Européen, alors que la France, à travers les Haras Nationaux, dispose déjà du meilleur système d’identification d’équidés au monde, est une opportunité fantastique pour notre économie, et pour le sport. Le rôle des Haras Nationaux pourrait consister d’une part à aider les professionnels dans les prospectives économiques de développement, et d’autre part dans le soutien technique pour l’ensemble des opérations événementielles nécessaires à la sélection des chevaux et à la promotion de nos races. Ces événements doivent contribuer à stimuler l’économie de la filière et à assurer le lien très important entre les professionnels et le réservoir énorme d’équitants potentiels du Public. Ainsi l’existence des Haras Nationaux ne serait plus une question en soit, au moins pour ce segment qui nous concerne. La vraie question serait comment faire face au nouvel environnement de cette filière, et la structurer en utilisant les moyens dont nous disposons. Les Haras Nationaux retrouvent alors une dimension économique, sociale et politique comme un véritable moteur pour la filière et non comme son concurrent. Vous remerciant par avance de l’attention que vous voudrez bien porter à notre enthousiasme, je vous adresse, Monsieur le sénateur, mes respectueuses salutations. Le Président François Daubé. |